Edition 04 | 2012

Focus "Cleantech"

Conseil spécialisé

Un service en développement dans la jungle des branches vertes

Proposé par le Centre de formation WWF de Lausanne, le service de conseil informe et guide, par le biais d’entretiens personnels, ceux qui désirent se former, travailler, en se réorientant ou en intégrant les technologies vertes et l’environnement à leur activité professionnelle.

Par Jean-Noël Cornaz

Dans le domaine des cleantech aussi, il est parfois difficile de s’orienter.

Dans le domaine des cleantech aussi, il est parfois difficile de s’orienter.

Le service de conseil WWF a été créé en 2010 pour répondre aux demandes et aux besoins plus personnels des participants à la «Journée d’information sur les métiers de l’environnement», que le Centre organise chaque année depuis 2004 à Lausanne. «Le but de ces entretiens est d’expliquer aux consultants les différentes possibilités de formation ou d’emploi et de réfléchir à ce qui serait le plus adapté pour eux, d’après leur profil et leurs envies», explique Ingrid Fumasoli, responsable de la formation au centre. Ils reçoivent aussi un dossier regroupant des informations sur les débouchés, les réseaux ou les sites Internet de référence. Les cleantech et l’environnement étant des domaines vastes et transversaux, il n’est pas toujours aisé de s’orienter. Cette documentation évite des heures de recherche et facilite les démarches futures. «La consultation est une première étape. Les gens peuvent ensuite contacter les personnes qui travaillent dans la branche concernée pour se renseigner», continue la responsable.

Les formations se multiplient

Lors de la journée d’information du WWF, les organisateurs et les intervenants sont de plus en plus interpelés sur les technologies et les énergies propres, notamment solaires. Qu’il s’agisse de modules intégrés à des formations ou de cursus spécifiquement liés aux cleantech, les possibilités de se former ou de travailler dans cette branche sont là: énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydraulique, géothermique, etc.), installation de panneaux photovoltaïques, efficience énergétique dans le bâtiment, technologie des matériaux en génie civil, développement durable, exploitation de la biomasse, solutions liées au bois, etc. En Romandie, les exemples se multiplient. L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne constitue un pôle important en matière de recherche et d’innovations technologiques. L’an dernier, elle lançait un master en management de l’énergie et développement durable, en partenariat avec l’EPFL Middle East aux Emirats Arabes Unis. De son côté, la Haute école spécialisée de Suisse occidentale propose notamment un MAS en énergie et développement durable dans l’environnement bâti. Intégrant les dernières découvertes en techniques de construction et en matériaux, cette formation postgrade aborde des aspects tels que les impacts environnementaux, l’architecture climatique, la gestion des déchets, l’utilisation accrue des énergies renouvelables, etc.

En environnement, l’offre de formation est large: brevet fédéral de conseiller/ ère en environnement dont le WWF est responsable, filières de bachelor ou de master des hautes écoles, programmes postgrades, ou encore brevet fédéral de spécialiste de la nature et de l’environnement de l’institut de formation biennois «Sanu».

Des consultants d’horizons divers

Parmi les onze consultants reçus depuis 2010 au service de conseil du WWF figuraient de jeunes géographes, géologues ou architectes du paysage à la recherche d’une première expérience profession nelle. Comme ce diplômé de l’Université de Lausanne qui voulait travailler dans l’environnement, sans idées concrètes: «Je l’ai questionné pour définir les activités intéressantes, en tenant compte de sa volonté de rester une bonne partie de son temps sur le terrain et d’être en contact avec des adolescents», raconte Ingrid Fumasoli. «Je lui ai conseillé de faire des stages dans une ONG ou une association mettant en place des projets pédagogiques, de l’éco-volontariat à l’étranger ou de participer, en tant que moniteur, à des camps pour les jeunes avec des activités liées à la nature.»

Les autres consultants sont des personnes plus âgées souhaitant donner une nouvelle direction à leur carrière, en se réorientant dans l’environnement. Ou lancer une dynamique au sein de leur entreprise, en se formant (en management environnemental, etc.). Une formation continue s’impose en général dans les deux cas. Il s’agit par exemple de journalistes décidant de travailler pour des médias dédiés à la nature ou se formant pour devenir porte-parole d’une organisation. «La réorientation n’est pas toujours évidente. Les formations exigent souvent un investissement important en temps et en argent», souligne la responsable. «Dans une entreprise, la direction pourra prendre en charge ces coûts, tandis qu’une personne qui opère un virage professionnel à 180 degrés devra débourser cette somme de sa poche. Cela demande aussi beaucoup de motivation.»

Liens et références bibliographiques

Centre de formation du WWF

Skills for green jobs: European synthesis report, Publications Office of the European Union, Luxembourg, 2010.
Note d’information du CEDEFOP, juillet 2010. «Greening Development: Enhancing Capacity for Environmental Management and Governance», OCDE, janvier 2012. Résumé du rapport en français. Rapport complet en anglais.

Encadré

Toutes les professions exigent un savoir vert

Par Pierre-Yves Puippe

Au coeur de son plan stratégique pour une croissance durable et l’emploi «Europe 2020», l’Union européenne a placé l’innovation et la croissance verte. Déjà plusieurs Etats membres ont introduit des mesures pour stimuler leur économie incluant un investissement dans l’efficacité énergétique et des programmes en faveur des énergies renouvelables. La frontière entre de nouvelles professions basées sur des compétences vertes, et des professions déjà établies mais que complètent des exigences dans les qualifications vertes, est floue. Ainsi, l’Estonie perçoit comme un nouveau métier le vérificateur de bilan énergétique alors que l’Allemagne y voit une évolution logique de la profession de vérificateur déjà établie de longue date sur son territoire.

Une étude du Centre européen pour le développement de la formation professionnelle a examiné les compétences nécessaires pour favoriser la croissance verte en analysant la situation dans six pays membres de l’UE: le Danemark, l’Allemagne, l’Estonie, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni. Elle souligne à quel point la définition d’un emploi vert peut varier d’un pays à l’autre et constate que nombre de qualifications nécessaires pour des emplois verts se rencontrent déjà dans des professions existantes.

Il est donc pertinent de comprendre les compétences vertes comme celles en technologies de l’information, qui se sont peu à peu imposées jusqu’à devenir indispensables pour presque la totalité des professions. Chaque profession a un socle de compétences génériques dont la solidité permet de manière relativement aisée, grâce à un perfectionnement ou à un complément de formation, d’intégrer une dimension verte. Ainsi en France, l’agent de recyclage a obtenu un certificat de qualification professionnelle à la fin de sa formation initiale. Par un perfectionnement professionnel portant sur les techniques de tri et de récupération, sur les connaissances du conditionnement et du stockage, il pourra devenir un opérateur des industries de recyclage, nouvelle profession où les compétences vertes sont importantes.

Cependant, tout en encourageant les compétences vertes, l’Europe doit combler un déficit dans les aptitudes managériales et celles liées aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques. Il est beaucoup plus efficace d’intégrer le développement durable et les aspects environnementaux dans les qualifications existantes que de créer de nouveaux référentiels de formation. Toute formation en apprentissage devrait comporter un module sur une utilisation raisonnable des énergies. Il appartient aux décideurs de mettre en place, grâce à un partenariat publicprivé efficace, un soutien aux compétences vertes et à la formation qui corresponde aux défis énergétiques et écologiques auxquels nos sociétés doivent répondre.


Skills for green jobs: European synthesis report, Publications Office of the European Union, Luxembourg, 2010.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences