Edition 04 | 2012

Focus "Cleantech"

Impacts sur le marché du travail

De bonnes places de travail grâce aux cleantech

En Suisse, le développement durable est devenu une nouvelle réalité politique dans toutes les branches et professions. Il requiert des systèmes intelligents, de nouveaux modèles commerciaux et l’application de nouvelles technologies.

Par Nick Beglinger, économiste et président de l’association économique faîtière Swisscleantech.

La Suisse a intérêt à miser sur l’énergie solaire, plutôt que sur le pétrole ou le gaz.

La Suisse a intérêt à miser sur l’énergie solaire, plutôt que sur le pétrole ou le gaz.

Les problèmes globaux liés aux ressources et au climat requièrent de nouvelles solutions. Le défi du monde économique est de transformer les produits polluants (non durables) en produits non polluants (durables). Un tel changement demande une meilleure efficacité des ressources et une meilleure qualité des émissions, et ce dans tous les domaines industriels et à tous les niveaux de la chaîne de valeur ajoutée. Ce développement durable, aussi appelé «green economy » ou «cleantech», est un élément important de l’économie. En Suisse, les cleantech sont devenues une nouvelle réalité politique.

Plus de recherche et de formation

L’importance des cleantech est soulignée dans le Masterplan Cleantech Suisse, que le Conseil fédéral a approuvé l’année dernière. Ce masterplan vise à faire de la Suisse un pôle économique leader en matière de cleantech. Les mesures proposées portent en particulier sur la recherche, le transfert des technologies et la formation. Des efforts doivent notamment être fournis dans la promotion des exportations, les marchés publics et le recyclage. Des projets tels que «Hightech Aargau» ou la nouvelle stratégie économique 2025 du canton de Berne montrent que le masterplan déploie déjà ses effets.

Parallèlement au masterplan de la Confédération, l’association économique Swisscleantech a lancé la Stratégie Cleantech Suisse, centrée sur la définition d’objectifs ambitieux en matière d’émissions de CO2, la part des énergies renouvelables et l’utilisation des ressources. Les chercheurs, entrepreneurs et investisseurs ont besoin de stimulants et de conditions cadres claires.

De nouveaux champs d’activité

La Suisse a fait un grand pas en ce sens avec sa nouvelle loi sur le CO2 et les changements dans le domaine de l’énergie. La loi vise plus une réduction des émissions de gaz à effet de serre ici, et donc la création de valeur ajoutée ainsi que de places de travail en Suisse, que l’investissement dans les énergies fossiles à l’étranger. La stratégie énergétique 2050 doit favoriser l’efficacité énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables.

Ce changement requiert des systèmes intelligents, de nouveaux modèles commerciaux et l’application de nouvelles technologies, ce qui débouche sur de nouveaux champs d’activité. Ce sont des arguments économiques qui ont fait pencher la balance en faveur de la loi sur le CO2 et la sortie du nucléaire.

Il est difficile de prédire le nombre de postes cleantech qui pourront être créés. Aucune analyse globale du marché du travail au sens de Swisscleantech (voir l’encadré de gauche) n’a encore été réalisée. Les études existantes ne couvrent qu’une partie du marché, mais fournissent une idée du potentiel actuel. Une étude de la Confédération réalisée en 2009 révèle qu’entre 155 000 et 160 000 personnes travaillent dans le domaine des applications cleantech en Suisse, soit environ 4,5% des actifs. Une analyse des marchés de l’environnement effectuée en 2011 par le Centre de formation du WWF estime à 29 milliards de francs le chiffre d’affaires totalisé par 116 000 travailleurs. Selon cette étude, l’économie environnementale croît chaque année de 6,3%, deux fois plus que l’ensemble de l’économie. D’ici à 2020, 53 000 postes seront créés dans le domaine de l’environnement. Rien que sur le marché des énergies renouvelables, la société de conseil McKinsey prévoit 15 800 nouvelles places de travail d’ici à 2020. Selon l’étude menée en 2010, les énergies renouvelables offrent une croissance bienvenue, notamment dans le domaine de la construction mécanique, qui compte environ 240 000 places de travail, et ce dans un environnement qui a vu le nombre de postes diminuer (par exemple, dans le domaine des machines textiles).

Des postes cleantech sont créés dans toutes les branches, dans la construction durable, dans la production d’aliments biologiques, dans la gestion de l’énergie et dans la gestion financière. La pensée systémique et la sensibilisation aux interdépendances avec le contexte jouent un rôle plus important que le niveau de formation. Il s’agit d’identifier les aspects sociaux, écologiques et économiques d’une activité et de comprendre les synergies.

Nouvelle manière de penser plutôt que nouvelles professions

Plutôt qu’un cours cleantech supplémentaire, une composante cleantech est requise dans toutes les formations. Cela vaut pour les petites comme pour les grosses entreprises: le grand consortium ABB mise sur l’efficacité énergétique et vend ses technologies dans le monde entier. La petite entreprise bâloise hightech Rolic investit dans la recherche depuis des années et est parvenue à baisser radicalement la consommation énergétique des écrans LED grâce à la nanotechnologie. Une boulangerie utilise sa propre chaleur émise, un hôtel ne traite qu’avec des fournisseurs de produits biologiques, une entreprise de technique du bâtiment se spécialise dans l’installation de systèmes solaires, Mobility propose des solutions permettant de diminuer le nombre de véhicules sans nuire à la flexibilité et au confort de la mobilité. Les professions cleantech n’existent pas que dans les domaines du recyclage, de la technique solaire ou de l’ingénierie environnementale, mais aussi dans l’artisanat boulanger durable, l’agriculture bio et la gestion de biens.

Les innovations cleantech engendrent des bienfaits économiques et écologiques, ce qui est bien perçu par la population. Cette double prise en charge de la responsabilité des entreprises attire des personnes très motivées. Les jeunes veulent travailler dans une entreprise innovante et conciliante sur les plans social et écologique. Ces critères s’appliquent pour le recrutement de talents, mais aussi pour le maintien des postes de travail en Suisse. Nos entreprises peuvent et doivent se différencier grâce au facteur cleantech, puisqu’elles ne peuvent pas battre les autres pays sur le plan des coûts et des volumes. Elles doivent miser sur la qualité. Grâce aux cleantech, les entreprises suisses peuvent être concurrentielles sur le long terme et garder leurs postes de travail.

Le panneau solaire bon marché fabriqué en Chine, qui concurrence les produits européens, est un exemple fréquent des trop grandes espérances placées dans le marché des cleantech. Mais la valeur ajoutée dans le domaine de l’énergie solaire n’est que de 50% pour ce panneau. Le reste englobe la conception, l’installation, la maintenance et la gestion de l’énergie. Dans ces domaines, les entreprises suisses peuvent être concurrentielles. La Suisse a intérêt à miser sur l’énergie solaire, plutôt que sur le pétrole ou le gaz, car la valeur ajoutée atteint 95% dans ce secteur à l’étranger. En Allemagne et en Italie, la promotion ciblée des énergies renouvelables ne s’est certes pas déroulée sans accroc. Afin de promouvoir les cleantech non seulement dans la gestion de l’énergie mais aussi dans toutes les autres branches, des conditions cadres politiques valables à long terme et récompensant l’économie verte doivent être définies. Ainsi, les entreprises sauront que la formation de leurs collaborateurs portera ses fruits et les postes cleantech seront maintenus.

Liens et références bibliographiques

Site Internet de l'association Swisscleantech
Masterplan de la Confédération: Masterplan Cleantech, Une stratégie de la Confédération en matière d’efficacité des ressources et d’énergies renouvelables, OFFT, 2011.

Encadré

Définition des cleantech

Le terme de cleantech recouvre tous les produits, services et processus, modèles commerciaux et niveaux de valeur ajoutée qui contribuent grandement à une économie durable. Les cleantech visent une plus grande efficacité des ressources, une diminution des besoins en surfaces naturelles, une baisse des émissions polluantes et une réduction de tous les impacts négatifs sur l’environnement.

Encadré

Swisscleantech

L’association économique Swisscleantech réunit les forces de toutes les entreprises qui soutiennent activement l’attitude cleantech de la Suisse. Elle s’est fixé pour objectif de faire de la Suisse un leader en cleantech et de contribuer ainsi au développement durable sur le plan international. Fondée en 2009, elle regroupe aujourd’hui 300 entreprises et 20 associations économiques.
www.swisscleantech.ch

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes