Edition 05 | 2012

ORIENTATION

Orientation professionnelle dans le plan d’études

L’intention est bonne, mais peu concrète

Les plans d’études de l’école obligatoire renseignent peu sur le rôle des maîtres, des parents et des jeunes dans la préparation à la vie active. Les enseignants souhaitent plus de contacts institutionnalisés avec les lieux de formation pratique.

Par Madeleine Pfäffli Schmid, professeure à la Haute école pédagogique de Berne

L’orientation professionnelle à l’école occupe une place importante au degré secondaire I.

L’orientation professionnelle à l’école occupe une place importante au degré secondaire I.

Depuis les années 70, l’orientation professionnelle à l’école fait partie des tâches relevant de l’école obligatoire et plus précisément du degré secondaire I. Les contenus et les objectifs sont définis dans les plans d’études. Par ailleurs, plusieurs cantons disposent de concepts liés au choix professionnel concrétisant les dispositions des plans d’études, comme la collaboration entre école et centres d’orientation professionnelle. Tous les plans d’études alémaniques comportent les objectifs suivants:

- Les jeunes prennent conscience de leurs intérêts et attentes et les comparent avec les exigences du monde de la formation.
- Les jeunes entrent en contact direct avec le monde de la formation.
- Les jeunes peuvent identifier et réunir des informations utiles et les exploiter.
- Les jeunes connaissent les différentes formes de travail ainsi que l’interaction entre vie professionnelle et responsabilités familiales, ou entre vie professionnelle et loisirs.

Les plans d’études attestent que l’orientation professionnelle est une tâche interdisciplinaire, qui doit se dérouler en collaboration avec les parents et les centres d’orientation professionnelle. Les plans d’études renseignent toutefois peu sur le volume horaire dédié à l’orientation professionnelle ou sur les responsabilités des personnes impliquées.

Le point de vue de l’enseignant

Dans le cadre d’une étude, des enseignants du degré secondaire I ont été interrogés sur ce qu’ils considèrent comme une orientation professionnelle idéale et sur leur pratique. Ils affirment qu’une bonne orientation professionnelle à l’école passe par la collaboration avec les parents et les centres d’orientation professionnelle. Une majorité d’enseignants organisent des séances pour les parents, où ils présentent l’orientation professionnelle. Ces séances d’information ont en général lieu au début du degré secondaire I. Une enseignante affirme que beaucoup de parents apprécient ces séances et les considèrent comme une incitation à devenir eux-mêmes actifs.

Dans la plupart des écoles, ces séances sont accompagnées d’entretiens entre jeunes, parents et enseignants. Les enseignants y ont un rôle de conseiller. Une enseignante indique que cette tâche peut s’avérer difficile: «Je n’en sais pas assez sur les exigences que posent les écoles postobligatoires ou les centres de formation.» C’est pourquoi de nombreux enseignants profitent des offres des centres d’orientation professionnelle pour élargir et actualiser leurs connaissances.

Contacts inexistants avec le monde du travail

Les enseignants s’efforcent de permettre des contacts directs entre leurs élèves et les institutions de formation. Ils connaissent toutefois surtout les offres des établissements d’enseignement secondaire. Etant donné qu’ils n’ont en général pas d’expérience en entreprise, ils connaissent peu la formation qu’elles dispensent. Un des enseignants interrogés souhaiterait davantage de contacts avec les institutions de formation d’apprentis, une autre aimerait être intégrée à un réseau d’entreprises formatrices.

La situation à l’étranger montre que des réseaux institutionnalisés sont pertinents et sont d’ailleurs une réalité: en Allemagne, les contacts entre l’école et le monde du travail sont encouragés dans le cadre du programme «Schule – Wirtschaft/Arbeitsleben»; en Autriche (land de Salzburg), l’initiative «Zusammenarbeit Schule – Wirtschaft», soutenant les enseignants lors du développement de réseaux en dehors de l’école, a été créée à leur demande.

Engagement important

La question de savoir si, dans le cadre d’une bonne orientation professionnelle, un enseignant soutient concrètement ses élèves dans la recherche d’un stage d’initiation, d’un stage, ou encore d’une place d’apprentissage, est évaluée différemment par les enseignants interrogés. Une bonne moitié est opposée à un soutien actif dans ce domaine, alors que l’autre moitié aide les élèves à chercher des entreprises formatrices appropriées ou leur indique des places disponibles. Ces avis attestent le fort engagement de nombreux enseignants, qui dépasse largement ce qui est prescrit dans les plans d’études.

Cette image se renforce en observant d’autres activités effectuées par les enseignants en matière d’orientation professionnelle: dans la grande majorité des classes, les élèves constituent des dossiers de candidature, simulent des entretiens, font des exposés sur divers champs professionnels, et les enseignants invitent des personnes du monde professionnel. Dans quelque 75% des classes, des visites d’entreprise sont organisées et/ou les élèves ont la possibilité d’effectuer un stage en entreprise.

Dans les lignes suivantes, la bonne orientation professionnelle telle que conçue par les enseignants est confrontée à quelques réflexions conceptuelles. Ces dernières découlent en partie de projets réussis dans le domaine de l’orientation professionnelle, d’autres reposent sur des bases théoriques, comme le modèle de coopération de la préparation au choix professionnel d’Erwin Egloff. Des recoupements apparaissent dans trois domaines entre les points de vue des enseignants et les réflexions conceptuelles. L’orientation professionnelle doit:

- Etre organisée et menée conjointement par toutes les parties concernées.
- Offrir aux jeunes la possibilité d’expérimenter directement des réalités professionnelles et existentielles.
- Etre individuelle et encourager les jeunes dans leurs décisions et leur développement identitaire.

Une tâche sur plusieurs années

Sur le plan théorique, l’orientation professionnelle doit s’entendre non seulement comme une tâche interdisciplinaire, mais aussi comme une tâche sur plusieurs années. Alors que le caractère interdisciplinaire est inscrit dans les plans d’études, l’orientation en tant que telle ne commence qu’au degré secondaire I.

Le pédagogue allemand Jürg Schudy aimerait intégrer le thème de l’orientation professionnelle déjà à l’école primaire et présente deux arguments en ce sens: premièrement, le phénomène des professions qui font rêver les enfants nécessite une réflexion; deuxièmement, l’aspect du genre dans le choix de la profession n’apparaît pas seulement à l’adolescence. Si l’orientation professionnelle ne débute qu’au degré secondaire I, elle atteint ses limites concernant la représentation des sexes dans le mode de vie. Bien que ces deux arguments soient convaincants sur le plan du développement psychologique, ils ne peuvent pas être transformés en objectifs dans les plans d’études des écoles primaires en Suisse alémanique et sont peu acceptés parmi les enseignants du degré secondaire I.

L’orientation professionnelle à l’école occupe une place importante au degré secondaire I et est organisée par des enseignants motivés. Les responsabilités devraient toutefois être clarifiées. En effet, les plans d’études de l’école obligatoire n’indiquent pas suffisamment clairement la limite entre les responsabilités de l’école et celles incombant aux jeunes et à leurs parents. En outre, les enseignants souhaiteraient des contacts institutionnalisés avec les entreprises formatrices. Les réseaux existants dans les pays voisins pourraient servir d’exemple.

Liens et références bibliographiques

Edtbauer K., Partner sind wichtig! Berufsorientierung in der Schule, Schulmagazin 5 bis 10, 73 (1), S. 9-12, 2005.
Egloff E., Das Kooperationsmodell der Berufswahlvorbereitung, in Zihlmann, R. (Hrsg.), Berufswahl in Theorie und Praxis, S. 87-102, Sabe Verlag, Zürich, 1998. Famulla G.E., Möhle V., Butz B., Partner der Schule - Berufs- und Lebensweltvorbereitung, Beiträge von Berufsorientierungsprojekten, Schneider Verlag, Hohengehren, 2008.
Schudy J., Berufsorientierung als Querschnittaufgabe aller Schulstufen und Unterrichtsfächer, in Jung, E. (Hrsg.), Zwischen Qualifikationswandel und Marktenge. Konzepte und Strategien einer zeitgemässen Berufsorientierung. S. 103-114, Schneider Verlag, Hohengehren, 2008.
Pfäffli Schmid M., Berufsorientierung in der Sekundarstufe I: Wissen und Handeln von Lehrpersonen, Selbstverlag, Bern, 2010. Site de Programm Schule – Wirtschaft/Arbeitsleben

Encadré

Sondage sur l’orientation professionnelle à l’école

Dans le cadre de l’étude «Berufsorientierung in der Sekundarstufe I: Wissen und Handeln von Lehrpersonen », des enseignants ont été interrogés sur ce qui faisait selon eux une bonne orientation professionnelle et sur la manière dont ils l’organisent. L’étude a été menée sous forme de questionnaires adressés à des enseignants dans les cantons de Berne, Zurich et Bâle-Campagne. Elle a bénéficié du soutien de la Haute école pédagogique et de l’Université de Berne.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences