Résumés
Sélection dapprentis
Urs Moser
Une étude menée dans le cadre du PR 43 sest intéressée au processus de sélection de huit grandes entreprises. Les auteurs ont accompagné 1420 jeunes qui se sont présentés pour une place dapprentissage et ont analysé les raisons du succès dune partie d'entre eux. Il est apparu que la sélection pour un bilan ou pour un entretien dembauche dépend avant tout des résultats aux tests daptitude. On y tient compte en particulier des résultats aux tests portant sur les mathématiques et lallemand; en règle générale, les résultats aux tests de langues étrangères ont une signification bien moins importante. Pour évaluer les exigences des huit entreprises en matière de performances scolaires des jeunes, les résultats des candidates et candidats retenus à une version abrégée du test PISA ont été également comparés aux résultats du test PISA 2000 en Suisse allemande. Cette comparaison a montré que les exigences posées par les huit entreprises sont pour une part très élevées. Sur le marché du travail, les jeunes qui trouvent une place nont le plus souvent qu'une formation de base correspondant à celle qui peut être atteinte par la moitié environ des élèves de lécole secondaire. La grande majorité des jeunes qui fréquentent une filière à exigences de base ne dispose pas non plus dune formation de base suffisante, même pour des professions ayant des exigences plus limitées, comme la vente et la logistique (cf. tableau). Les auteurs font remarquer de façon critique que les processus de sélection actuels pénalisent systématiquement les élèves de filières à exigences de base (selon la mesure fournie par les résultats de PISA). Ils supposent que les tests daptitude ont probablement pris en compte pour l'examen des contenus qui correspondent moins au curriculum de ces filières. DF/RA
Pourquoi des entreprises renoncent à former
Samuel Mühlemann, Jürg Schweri, Stefan C. Wolter
Environ 70 pour-cent des entreprises à même de former nont aucun apprenti. Cela tient au fait que, pour ces entreprises, la formation nest pas rentable du point de vue financier, comme le montre une étude récente. Cette étude sinscrit dans la suite de la recherche «Coûts et bénéfices de la formation dapprentis du point de vue des entreprises suisses», qui a été présentée dans le numéro 2/2003 de PANORAMA (www.panorama.ch/32/spectrum.html). Mais ce ne sont pas les coûts salariaux éventuellement trop élevés qui empêchent tant dentreprises de former des apprenti-e-s. Cest bien plus le bénéfice attendu, trop faible, qui est pris massivement en compte; entre les entreprises qui forment et celles qui ne forment pas, il reste une différence de 60'000 francs (graphique 2). Dans ces dernières entreprises, il nest pas possible de confier suffisamment de tâches productives aux apprenti-e-s. Les raisons peuvent être aussi bien la spécialisation des activités dans lentreprise que la taille de lentreprise elle-même. Létude montre que la disponibilité à former augmente pratiquement linéairement avec la taille des entreprises. Propositions: dans le cas des petites et micro-entreprises, on devrait prendre en compte le fait quun apprenti ne peut être employé et formé sur le lieu de travail que durant les périodes où son engagement a du sens du point de vue de léconomie de lentreprise. Il faudrait de ce fait que deux ou trois entreprises décident de prendre en charge un apprenti en commun pour toute la durée de lapprentissage. Le rôle de lEtat devrait moins consister à décider des mesures financières en matière de taxes ou de répartition des moyens quà jouer le rôle dun «broker», mettant sur pied un accord de formation entre des entreprises intéressées à former. DF
Le site www.orientation.ch fait peau neuve
Pierre Bernasconi
Ouvert depuis 1998 et réalisé dans le cadre des ApA 1 et 2, le portail Internet trilingue de l'orientation scolaire et professionnelle «www.orientation.ch» vient de faire peau neuve. Mise en ligne le 8 décembre 2003 et intégrée au Serveur suisse de léducation www.educa.ch, la nouvelle version se caractérise par la refonte complète de la structure et des contenus rédactionnels. Quatre entrées principales accueillent l'internaute: Choix professionnel, Formation, Formation continue et Rechercher. YMR
Lorientation professionnelle à la croisée des cultures
Yvonne-Marie Ruedin
Les étrangers sont nombreux en Suisse et tout particulièrement à Genève. Pour lélaboration dun projet scolaire, professionnel ou dinsertion, ils sadressent aussi à lOffice dorientation scolaire et professionnelle du canton. Ces consultants se regroupent en deux grandes entités: les jeunes immigrés déjà intégrés dans une filière scolaire et les .adultes demandeurs dasile ou réfugiés, avec ou sans qualifications reconnues sous nos latitudes. Lorientation genevoise noffre pas une prise en charge spécifique ou des prestations particulières pour cette population, mais elle essaie, dans son travail, de tenir compte dans la mesure du possible des spécificités de la culture dorigine de ces consultants. Cest lappropriation de la culture de lautre qui guide son travail. Dans des situations plus difficiles, résultant dune méconnaissance de la langue française ou dun traumatisme subi en raison dune situation de guerre ou dinsécurité dans le pays dorigine, lorientation peut bénéficier de laide dinterprètes professionnels de la Croix-Rouge genevoise ou de professionnels spécialement formés appartenant au collectif Appartenances. Face à des situations précaires sur le plan légal, elle essaie de trouver des solutions en fonction dun futur retour au pays, cest-à-dire former des jeunes à un emploi quils pourront aussi exercer dans leur pays dorigine. YMR
Solide discrimination
Thomas Meyer
Comment se déroulent les biographies professionnelles des jeunes qui ont été interrogés en 2000 dans le cadre de PISA? Cette question est abordée dans le cadre de lenquête consécutive TREE (Transition de lécole à lemploi). Durant sept années au moins, TREE décrira (au moyen denquêtes annuelles) les parcours empruntés par les quelques 6'000 jeunes qui sont enquêtés après leur sortie de la scolarité obligatoire. Les premiers résultats sont disponibles depuis peu. Ils mettent en évidence que la fréquentation de certains niveaux de scolarité discriminent les jeunes à la recherche dune place dapprentissage et ceci indépendamment des capacités scolaires des jeunes concernés (cf. PANORAMA 33 ou pan3328 sur www.infopartner.ch/referenz). Une autre analyse montre que le milieu socio-économique des jeunes est un facteur important de réussite ou déchec lors de la recherche dune place dapprentissage. Il est plus important que le statut de migration auquel, à capacités égales, on tend de plus en plus à renoncer comme facteur dinfluence statistique au profit de la position sociale (Ramseyer et Brühwiler 2003). Cependant, TREE constate en particulier pour les jeunes originaire des Balkans des barrières évidentes à laccès à la formation professionnelle, en particulier pour les professions ayant un niveau dexigences bas ou moyen. Un pourcentage considérable des jeunes concernés fait de plus état dans le cadre de TREE de solides discriminations. DF/RA
Projets dintégration au niveau fédéral
Theres Egger
Le 7 novembre 2003, la Commission fédérale des étrangers (CFE) a présenté son étude sur «Intégration et travail». Elle en a déduit une série de recommandations, qui concernent également les activités de lorientation professionnelle et des offices régionaux de placement (cf. www.eka-cfe.ch/f/publikation.asp). Au centre figure le principe dune orientation ciblée sur des groupes, qui tienne compte de la situation particulière des jeunes situés dans un contexte de migration et de leurs parents. Il implique une qualification du personnel de consultation sur des questions spécifiques de migration et de culture. De plus, le système de formation générale et professionnelle doit mettre à disposition des possibilités appropriées de formation et demploi. La CFE attend des autorités cantonales de linstruction publique, des institutions de formation et des associations professionnelles quelles mettent à disposition des programmes de soutien aux jeunes présentant des difficultés dapprentissage ou issus dune immigration récente, ainsi que des passerelles aux niveaux secondaires I et II. La Confédération a également publié un «Programme des points forts pour les années 2004 à 2007» pour promouvoir lintégration des étrangères et étrangers. Les points forts B et E permettent également de soutenir des projets dintégration dans le domaine de la formation professionnelle. Des projets venant doffices dorientation scolaire et professionnelle et dORP pourraient également bénéficier dun appui, dans la mesure où ils développent linnovation ou lassurance qualité (point fort E). Le site www.eka-cfe.ch/f/doku/prioritaetenordnung_f.pdf offre un regard sur le programme. Dautres informations peuvent être obtenues auprès du secrétariat de la CFE, eka-cfe@imes.admin.ch. La personne responsable est Christof Meier. DF/RA
Les jeunes étrangers ne sont pas différents
Hans Orler
Les jeunes étrangers sont potentiellement violents, difficiles à motiver, attirés par la consommation, peu performants et non désireux de sintégrer, à en croire des jugements fréquents. C'est une absurdité complète. Le comportement des jeunes étrangers se distingue à peine de celui des jeunes Suisses. Lorsquil s'en différencie, cest avant tout par une plus forte insertion dans un groupe et une plus grande impulsivité. Les étrangers expriment en partie leurs émotions de façon plus spontanée, en recourant davantage au langage corporel et de façon plus théâtrale et non plus agressivement, comme on pourrait le penser. Il faut cependant tenir compte de quelques aspects liés aux différences culturelles, dont deux paraissent particulièrement importants. Attentes différentes. Il arrive fréquemment que les jeunes étrangers et étrangères grandissent en même temps dans deux univers. A la maison, ils doivent satisfaire les exigences de leur monde dorigine, à la place de travail ou dans les loisirs celles du monde économique. Il en résulte souvent un stress ou une forme de déchirement, qui peut entraîner des perturbations dans la formation et le travail. Attribution de causalité externe. En cas de difficultés, les jeunes étrangers rejettent très souvent la faute sur les autres. Autrement dit: les autres men veulent parce que je suis étranger. Jai parfois limpression que l'attention accordée à son environnement est plus importante, ce qui peut sexpliquer par la confrontation aux situations de guerre dans le pays dorigine. On peut sans doute ajouter que létat détranger ou de personne différente appelle toujours une certaine prudence des deux côtés une attitude de défense. Il faudrait notamment traiter d'une façon particulièrement juste les jeunes qui attribuent avec force les causes de leurs difficultés à l'extérieur. DF/RA
Des soirées de parents accompagnées
Bruno Rütsche
Le Service lucernois de consultation et dintégration des étrangères et étrangers (FABIA) a développé un concept de soirée dinformation sur le thème de lapprentissage, dans lequel le corps enseignant et lorientation professionnelle coopèrent avec une médiation interculturelle. On peut grâce à elle dépasser le problème dune maîtrise souvent insuffisante de lallemand chez les parents de jeunes étrangers. DF/RA
Jeunes de langue étrangère
Claudio Nodari
Seul un petit nombre dapprentissages exige une connaissance préalable presque parfaite de lallemand. Preuve en est les étudiant-e-s de Suisse romande ou du Tessin à lEFP de Zurich, qui arrivent au terme de leurs études avec succès, malgré leurs connaissances dallemand insuffisantes. Beaucoup de tests de sélection dapprenti-e-s accordent cependant une grande importance aux connaissances linguistiques. Cest un non-sens. Les associations responsables de ces tests sont invitées à supprimer ces épreuves linguistiques formelles. Les raisons pour lesquelles un apprentissage serait inapproprié en raison derreurs dans lemploi du datif ou dans la construction de phrases sont incompréhensibles. Pour un grand nombre dapprentissages, au contraire, ce sont des compétences stratégiques qui sont importantes, comme par exemple la lecture et la compréhension de textes. PISA a montré quun jeune sur cinq en Suisse allemande (dont une moitié suisse) est incapable de comprendre un texte simple. Les écoles professionnelles ont reconnu ce problème; cest ainsi que lécole professionnelle de la construction de Zurich a mis sur pied un projet de soutien des compétences en lecture et en écriture. Les dispositions les plus importantes sont : 1. Un appui linguistique se fait dans chaque heure denseignement qui comprend de lécriture et de la lecture; donc, aussi dans les connaissances professionnelles. 2. Le corps enseignant acquiert les compétences didactiques lui permettant dintroduire dans lenseignement un appui linguistique ciblé. 3. Les jeunes en apprentissage ont la possibilité de suivre des cours dappui et dy exercer certaines compétences, comme les techniques de compréhension de textes et lécriture. 4. De nombreux moyens d'enseignement utilisent un langage trop compliqué. Ils peuvent être largement améliorés. DF/RA
Travail avec les parents
Monika Lichtsteiner Müller
Lorientation professionnelle du canton de Berne attache une grande importance à linformation et à la motivation de toute la famille. Dans le cadre de la Berner Ausbildungsmesse (BAM, Cité des métiers), elle offre depuis 2002 des visites guidées en diverses langues, une offre que le projet de places dapprentissage 16+ a repris lannée passée et a mis en place dans les manifestations analogues de différents cantons. Dans les visites guidées de la BAM, les parents font lexpérience quil existe en Suisse de nombreuses professions faisant lobjet dun apprentissage. Mais il nest pas possible, dans le cadre de ces visites, de transmettre des informations approfondies sur les processus concrets de choix professionnel et de recherche de place dapprentissage, ainsi que sur les offres de solutions intermédiaires et celles du système de formation. Cest pourquoi le centre multimédia a développé des histoires et un fil conducteur pour des manifestations sadressant aux familles, qui seront proposés à titre dessai, au printemps 2004, à Bienne et à Berthoud par les BIZ (Centres dinformation professionnelle) des régions correspondantes, en coopération avec une école professionnelle et avec des associations linguistiques et culturelles. Elles sadresseront aux familles ayant des enfants dès le 7ème degré. Les moyens mis en uvre dans ces journées comprennent des histoires concrètes de jeunes en relation avec le choix professionnel, la recherche dune place dapprentissage, les offres de solutions intermédiaires, les formations professionnelles initiales de 2, 3 et 4 ans. Dans ces histoires seront insérées les offres de lorientation professionnelle et du système suisse de formation, qui est représenté dans un panorama. Le fil conducteur et la description des portraits seront traduits en français. DF
Lévaluation de lorientation: une approche plurielle
Elisabeth Leo-Dupont, Anne-Laure Sermier
Après 40 ans dactivité dans le domaine des ressources humaines et de lorientation professionnelle, le Centre Dupont a décidé, en 2002, de franchir un pas supplémentaire dans sa gestion de la qualité en sinspirant du modèle Cycle de la Qualité (CYQ), créé sur mesure pour les entreprises de services (Averous, 1998). Ce système proposant une double mesure de la qualité, le Centre Dupont a mis sur pied deux études: la première mesure la conformité entre le Service réalisé et le Service voulu et la seconde la satisfaction, soit lécart entre le Service attendu par le client et sa perception du service proposé. Les deux études menées en parallèle amènent toutes deux des résultats très encourageants: elles démontrent notamment que 80% des jeunes interrogés ont suivi une des orientations proposées et que 90% dentre eux se sont sentis écoutés et compris par le ou la conseiller-ère en orientation. Elles soulignent également la présence deffets indirects positifs suite à leur passage au Centre Dupont: augmentation de la connaissance de soi et/ou de la confiance en soi ainsi que la découverte de nouvelles motivations. Ces deux démarches sont complémentaires dans la mesure où elles sappuient sur des données de natures différentes, lune compare des données objectives tandis que lautre recueille lavis subjectif de la clientèle. Elles exigent également des temporalités distinctes: si un certain recul est nécessaire pour vérifier que le jeune ait suivi une des voies proposées, la mesure de la satisfaction demande quant à elle que le jeune ait un souvenir précis de la démarche dorientation et de son déroulement. YMR
Science et pratique
Viktor Moser
Dans un entretien accordé à Panorama, Werner Aeberhardt, chef du secteur analyse du marché du travail et politique sociale du secrétariat dEtat à léconomie (seco), souligne limportance dune collaboration plus étroite des politiques concernant respectivement le marché du travail, le social et les finances. Aeberhardt accorde également une grande importance aux différentes études du marché du travail en cours ou à venir. Cest ainsi que le spécialiste bâlois du marché du travail, George Sheldon, a pu pour la première fois constater au moyen dune nouvelle méthode de recherche lefficacité absolue du placement dans les offices régionaux de placement (ORP). Avec une base de donnée affinée, il serait également possible de mettre en évidence, à lavenir, les raisons des succès, resp. des échecs. Après implication dans le processus de recherche de tous les cercles intéressés, il a été possible de fixer pour la deuxième série détudes du marché du travail les quatre priorités suivantes: 1. Les relations entre les mesures et les processus des entreprises dune part et les effets au sens de la loi sur lassurance chômage (LACI) dautre part. 2. Les effets macroéconomiques de la politique du marché du travail. 3. Les effets secondaires psychosociaux de la politique du marché du travail. 4. Les stratégies de consultation des ORP et leurs effets. Une attention particulière doit être prêtée aux mesures du marché du travail (MMT). En prenant en compte de façon plus approfondie les causes et les effets, les responsables attendent des résultats plus différenciés que ce na été le cas dans la phase des évaluations. VM/RA
Nouvelle offre pour les cadres bancaires
Yves Perrin
En lespace dune année, le nombre de chômeurs et chômeuses du secteur bancaire et financier a pratiquement doublé dans le canton de Genève. Vingt pour-cent dentre eux sont des cadres, qui sont hautement qualifiés et très spécialisés. Leur mobilité et par conséquent leurs chances de réinsertion sont de ce fait limitées. En réponse à cette situation précaire, le canton de Genève a mis sur pied le 15 septembre 2003 la plate-forme «Cadre Finance Carrière». Lobjectif central de cette prestation à lheure actuelle unique est daméliorer la mobilité professionnelle des cadres et de rendre plus transparent le marché du travail dans le secteur «Banque et finance». Le partenariat englobe des instances publiques et privées. La plate-forme est financée par moitiés par le canton et par la fondation «Genève Place Financière». Celui ou celle qui sadresse à «Cadre Finance Carrière» reçoit des informations et une documentation facilitant la prise en charge personnelle. Il nest pas prévu dactivités de placement à proprement parler. La consultation met en évidence différentes possibilités daction: bilan et analyse de potentiel, survol des offres demploi sur Internet, création dentreprises, nouvelle formation et formation continue. Au cours des deux premiers mois, soixante cadres anciens ou en activité ont fait usage de la prestation. Le type idéal de la personne consultante a 42 ans, plus de vingt ans dexpérience professionnelle, une formation universitaire et une activité dans cinq emplois différents. Comme cette offre correspond à un besoin important, les autorités politiques souhaitent létendre à tous les cadres du canton de Genève, en collaboration avec les associations professionnelles. VM/RA
Autriche: "Service marché du travail"
Simon Röthlisberger
En 1994, le service public du travail autrichien a connu une réforme fondamentale. On a alors créé le Service du marché du travail (Arbeitsmarktservice, AMS), une institution de prestation de services moderne qui présente dans sa structure organisationnelle une certaine parenté avec une société de capitaux. Une caractéristique importante de cette réforme de structure est lintroduction dun système commun au niveau fédéral, qui cherche à piloter lefficacité des offices de lAMS par le biais daccords sur des objectifs quantitatifs. Le système comprend dune part un accord à long terme servant de priorité stratégique centrale de la politique du marché du travail. Huit priorités dactivité à court terme ont dautre part été formulées au terme dun processus de négociation entre lautorité fédérale et les centres des Länder; ces priorités sont reprises dans des accords annuels sur les objectifs. Laccomplissement de ces objectifs de politique du marché du travail est vérifié par une comparaison entre les valeurs fixées et les valeurs atteintes. Une deuxième caractéristique importante de la réforme est le renforcement de la prise en compte de la clientèle. Lors de leur annonce, les clients sont séparés selon la nature de leur problème et leur besoin de prise en charge, avant quon leur propose les offres de prestations correspondantes. Dans la «Info-Zone», chaque personne à la recherche demploi se voit offrir une dotation de base en informations, soutien pour le placement et sécurité dexistence. Dans la «Service-Zone», les personnes ayant des besoins de prise en charge relativement limités et de l'indemnité de chômage reçoivent dune seule main une aide au placement et la sécurité dexistence. Les clientes et clients ayant besoin de conseils de façon plus importante sont pris en charge dans la «Beratungszone» (zone de consultation) par des conseiller-ère-s spécialement formé-e-s. VM/RA
Conditions de travail précaires en Suisse
Michael Marti, Stephan Osterwald
Des conditions de travail sont dites précaires lorsqu'il y a une insécurité particulièrement élevée en termes temporels ou économiques, resp. en cas de protection insuffisante de lemployé-e; il faut toutefois tenir compte du fait que toute relation de travail instable nest pas forcément précaire: des employé-e-s peuvent en tirer en avantage lorsque linsécurité est compensée par une prime de risque (salaire plus élevé ou horaire dactivité plus libre). On comptait en Suisse en 2002 environ 150'000 contrats de travail précaires; cela correspond à 3,8 pour-cent des personnes actives. Dans quarante pour-cent des cas environ, il sagit de travail sur appel. Du fait que, dans la plupart des cas, les contrats de travail précaires portent sur une durée de travail inférieure à quarante heures par semaine, ils ne représentent qu 2,1 pour-cent du volume total de travail. Une analyse par branche économique montre que les relations de travail précaires sont sur-représentées dans les activités des ménages privés (par ex. aide familiale), dans la restauration, dans lagriculture et dans certains domaines des services (entre autres soins, divertissement/culture/sport, services aux personnes). L'évolution au cours des années nonante ne révèle aucune tendance, mais suit à une année de distance celle des effectifs du chômage. Cette remarquable sensibilité à la conjoncture devrait être analysée de plus près: les contrats de travail précaire empêchent-ils surtout, en cas de mauvaise conjoncture, du chômage supplémentaire, ou les employeurs abusent-ils dune position plus forte dans les négociations? VM/RA
Le travail sur appel nest guère précaire
Fred Henneberger
Près de 200'000 personnes, soit environ 5,4 pour-cent des personnes actives, exerçaient en 2002 leur activité principale sous la forme dun travail sur appel. 35'000 personnes actives supplémentaires avaient le même type de relation de travail dans le cadre dun emploi annexe (20,5 pour-cent de toutes les personnes ayant un emploi annexe). Ces chiffres sont tirés dune enquête effectuée par léconomiste saint-gallois Fred Henneberger, sur la base de lenquête suisse sur la population active (ESPA). Par travail sur appel, nous entendons une forme de travail à temps partiel, dans laquelle les dispositions de la mise au travail sont indéterminées et sont fixées soit unilatéralement par lemployeur, soit par un accord entre les parties. Les personnes fournissant un travail sur appel sont de façon plus que proportionnelle des femmes avec enfants, des personnes ayant un bas niveau de formation et des personnes au chômage. Dans la très grande majorité des cas, il sagit demplois dans le secteur des services. Dans plus de la moitié des cas, il nexiste aucune garantie dun nombre minimal dheures de travail. On constate une très grande mobilité, dans les deux sens, entre une relation de travail sur appel et une relation de travail dun autre type; elle a lieu dans la plupart des cas chez le même employeur. En cas de travail sur appel, les salaires sont denviron vingt pour-cent inférieurs à ceux de relations de travail «normales». Mais cette différence ne tient cependant pas à la forme du contrat. On ne constate aucune différence avec les autres travailleurs et travailleuses en ce qui concerne la satisfaction au travail et les raisons de chercher un autre emploi. Cette étude ne donne aucune indication particulière que le travail sur appel constituerait une forme particulièrement précaire de travail. VM/RA
Des chômeurs soutiennent léconomie
Marco Gitermann
Le think tank (laboratoire didées) zurichois Denkfabrik Seymar GmbH a mis en place une mesure du marché du travail (MMT) sadressant à des personnes très qualifiées cherchant un emploi, le programme innovation.tank. Un projet pilote sest déroulé lannée passée, sur mandat du Service de léconomie et du travail du canton de Zurich (AWA). Lidée centrale dinnovation.tank est de rendre utiles les connaissances de spécialistes et de cadres dirigeants au chômage en les canalisant vers des impulsions innovantes au profit de petites et moyennes entreprises (PME). Durant six mois, des groupes interdisciplinaires de personnes au chômage ont été formés pour développer, en collaboration avec des PME intéressées, des projets proches de la pratique. Les projets élaborés durant la phase pilote présentent une grande diversité. Une évaluation menée par une entreprise externe montre clairement que le programme était dune grande utilité, aussi bien pour les chômeurs et chômeuses que pour les PME qui y ont participé. Sans exception, les entreprises ont obtenu de précieux résultats. Pour les personnes au chômage, le travail sur des projets concrets a ouvert de nouveaux horizons, amélioré la mobilité professionnelle et rendu possible de précieux contacts. Le jeu complexe des différents groupes impliqués (chômeur-euse-s, PME, ORP, conseil) a fait ses preuves. Lévaluation conclut ainsi: «Globalement, Seymar GmbH a réussi dans un court espace de temps à bien réaliser un programme exigeant sadressant à des cadres dirigeants bien qualifiés qui étaient au chômage.» Le prochain innovation.tank du canton de Zurich débute le 1er mars prochain. Ce programme devrait être également proposé dans dautres cantons. VM/RA
Portrait de Marie-Louise Ries
Daniel Fleischmann
Marie-Louise Ries, 66 ans, se retire ces mois de la vie professionnelle. Elle compte parmi les représentantes les plus importantes de lorientation professionnelle en Suisse ces 30 dernières années. Son nom est associé à des innovations importantes dans les domaines de la consultation en groupe, de la consultation féministe, ainsi que de la consultation des adultes et de celle des aîné-e-s. De 1979 à 1987, Ries a occupé dans le canton de Zurich un poste à mi-temps et était responsable du développement de la méthodologie de lorientation des adultes et en groupe. Durant cette période, elle a fait la connaissance de Beatrice Stoffel, avec laquelle elle a développé la formation post-garde de lASOSP en 4 semestres consacrée à lorientation des adultes et a écrit le manuel de lASOSP intituté «Unterwegs als Interessen-Detektivin». A la fin de son activité pour le canton de Zurich, Marie-Louise Ries a créé linstitut zurichois BALance, une institution pour la promotion des femmes, qui a compté jusquà 40 responsables de cours. Aujourdhui, Marie-Louise Ries donne encore souvent des cours sur le passage à la retraite. Elle sest occupée pour la première fois activement de cet objet dans les années septante avec la création de cours de préparation à la retraite chez Swissair. Ries est convaincue: «Lorientation professionnelle montre aux individus le chemin vers la profession. Elle devrait les accompagner davantage aussi vers la sortie». Il ne sagit pas seulement du domaine professionnel, mais aussi de ce qui enrichit les êtres au-delà des aspects matériels. DF/RA
Allemagne: modifications de lorientation professionnelle
Daniel Fleischmann
Lorientation professionnelle se trouve en Allemagne devant des changements importants. La Réforme du recueil de lois sociales III initiée par la commission Hartz et la restructuration induite de loffice fédéral du travail (depuis 2004 «agence fédérale du travail») pourraient déboucher sur un démantèlement de lenvergure et de la qualité des prestations offertes. En particulier, la nouvelle logique de pilotage (convention fixant des objectifs plutôt que des directives) et ses indicateurs permanents pourraient entraîner la disparition des prestations difficiles à mesurer. DF/RA
Accueillir des jeunes migrants
Mary-Claude Wenker
L'intégration ne peut pas se concevoir comme un "alignement unilatéral des étrangers à une sorte de moule helvétique". Elle doit être "un ajustement réciproque et permanent des uns et des autres". Pour répondre aux implications d'une telle vision, l'ISPFP (lInstitut suisse de pédagogie pour la formation professionnelle) a mis en place une formation chargée de transmettre un savoir, un savoir-faire et un savoir-être en la matière. L'idée n'était pas de former des spécialiste dans le domaine de l'interculturalité mais de permettre aux participants d'aborder de nombreux thèmes liés au sujet en prenant soin de leur fournir les outils nécessaires à un approfondissement individuel. Ce choix a permis de tenir compte au mieux de l'hétérogénéité du groupe des participants. Trois volets complémentaires composent cette formation: un volet théorique qui offre l'occasion d'aborder des thèmes comme la dynamique interculturelle, la reconnaissance et l'utilisation des différences, l'éducation dans une perspective globale. Un volet de pratique accompagnée offre la possibilité d'analyser des situations professionnelles délicates en bénéficiant d'un regard extérieur. Ce volet permet également d'identifier les ressources locales qui peuvent faciliter l'accueil. Un travail personnel, centré sur la pratique professionnelle de chacun, compose le troisième volet. Il est regrettable que les thématiques interculturelles soient encore pour l'heure abordées dans des offres optionnelles alors que le nombre croissant de migrants exige de prendre en compte beaucoup plus systématiquement les enrichissements et les défis qu'ils apportent. Pour de nombreux migrants, l'enseignant-e est un pont privilégié vers la société d'accueil. Sa formation à l'interculturalité est donc une nécessité. PY
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